La protection sociale est l’instrument des politiques sociales, dont outil principal repose sur les prestations sociales, qui comprennent les opérations contribuant à la couverture des risques sociaux auxquels les ménages sont exposés.
L’objet des prestations sociales est de contribuer à la couverture des risques sociaux. Les comptes de la protection sociale en identifient cinq principaux, pouvant comprendre des sous parties ou sous risques :
· Le risque santé comprend la maladie (soins et prestations en espèces), l’invalidité, et les accidents du travail.
· Le risque vieillesse-survie regroupe au titre du risque vieillesse, les prestations de retraite, la minimum vieillesse, les dépenses de compensation des charges liées à la perte d’autonomie, et l’aide sociale aux personnes âgées. Au titre du risque survie, les pensions de reversions et les allocations de veuvage.
· Le risque maternité/famille comprend au titre de la maternité les prestations versées par la branche maladie du fait de la maternité, la prime de naissance, le congé de paternité, et au titre famille, les prestations familiales, l’action sociale en direction des ménages.
· Le risque emploi correspond à l’indemnisation du chômage (régime d’assurance et de solidarité préretraites) et aux dépenses d’insertion professionnelles.
· Le risque logement recouvre les allocations d’aide au logement à destination des ménages. Le risque pauvreté exclusion correspond principalement au versement du RSA.
Leur cadre de gestion est celui d’une solidarité sociale. Ce principe important de la protection social signifie que les prestations ne constituent pas exclusivement la contrepartie directe d’un paiement ou d’une cotisation par le bénéficiaire.
Les politiques sociales ne se limitent pas aux prestations sociales. Mais leurs orientations peuvent avoir rapidement un effet sur ces dernières.
De nombreux acteurs pour rendre opérationnel la solidarité sociale
Aussi faut-il se souvenir que l’Etat n’est pas le seul intervenant dans les politiques sociales.
- Il y a également les collectivités territoriales. Chargées d’instruire les dossiers RSA, de verser le traitement du RSA, mais aussi au travers de la loi SRU de construire du logement social…
- Les organismes d’assurances sociales au sens du droit européen, comprenant bien évidemment les organismes de sécurité sociale « à la française », le régime conventionnel assurance chômage, les régimes de retraites complémentaires obligatoires.
- Les organismes médicaux, cabinet médicale, Assistante Publique-Hôpitaux de Paris.
- Les entreprises d’assurances, institution de prévoyance, les mutuelles…
- Les partenaires sociaux, et les réseaux associatifs, notamment dans la gestion du médico-social.
Donc si l’état est garant du principe, il n’en reste pas moins qu’il compose avec un grand nombre d’acteurs pour rendre opérationnel cette solidarité sociale.
Les origines de la protection sociale en prise avec l’actualité
Pour comprendre les valeurs sociétales en jeu dans les politiques sociales et les principes affichés, un retour historique est à faire.
Ce besoin de retrouver les principes fondamentaux, la genèse d’une organisation solidaire même imparfaite, soucieuse du plus vulnérable mais si encore inégalitaire, est un enjeu capital de notre époque qui traverse une épopée économique sans précédent, et l’été 2011 ne le dément pas, sous fond d’accroissement du chômage partout en Europe, et d’émeutes à Londres. Même la bonne santé apparente voir insolente de l’Allemagne masque difficilement quelques problèmes profonds que ce même pays traverse avec une fragilité bancaire inquiétante et une démographie déclinante (réf édito du monde du 2/08/2011).
Ce besoin d’histoire, est aussi le besoin de comprendre la fin de l’âge d’or où les peuples par leurs politiques tenaient le calendrier des décisions, une époque où un titre du journal Le Monde (du 12/08/2011) « Nicolas Sarkozy confronté à l’impatience des marchés » n’était pas concevable.
Il y a pourtant un leurre à raisonner ainsi. Une illusion. Cet âge d’or n’existe pas. Aujourd’hui encore le politique peut décider. Mais a-t-on une Europe politique ? On peut ironiser sur les problèmes des Etats Unis, mais ne sont-ils pas là pour nous prouver que le problème est politique. La difficulté de s’entendre entre républicains et démocrates, le débat sur l’imposition. Il est bien questions de choix politiques et non de fatalisme dicté par les agences de notations bien plus déterminées pour l’anathème que pour avoir pu prévoir ou lancer l’alerte en amont de la crise.
L’exemple récent du Danemark prouve que des décisions du peuple, citoyennes, peuvent inverser le cours des choses (les économistes atterrés, 20 ans d’aveuglement, l’Europe au bord du gouffre, édition LLL).
Nous reviendrons sur question du citoyen et du politique lorsque nous aborderons les financements.
Si la date admise pour la création de la protection sociale telle que nous la connaissons aujourd’hui est la fin de la guerre mondiale (la deuxième), une forme de protection sociale dans les sociétés préindustrielles existait. On peut marquer une rupture à la période révolutionnaire des années 1790.
Auparavant, existaient des protections rapprochées. Dans l’Ancien régime on peut définir grossièrement trois formes de protection sociale. Une solidarité familiale (notamment envers les plus âgés) et locale (au sein des villages). Une entraide professionnelle dans certaines corporations (tapissiers, compagnage…). Enfin l’Eglise joue un rôle majeur dans l’assistante des indigents. On a parlé dans ces trois cas de « protection rapprochée » (Qu’est ce qu’être protégé ? Robert Castel Seuil, « la république des idées »).
L’Etat n’existe pas en solidarité. Il existe en garant de l’ordre. D’un ordre.
Le Révolution Française marque un tournant important. Et on le doit beaucoup au Rapport fait au nom du comité de mendicités des visites faites dans divers hôpitaux et maison de charité, rapport de la Rochefoucauld. Ce rapport affirme que « tout homme a la droit à la subsistance ». Mais on n’est plus dans la charité. On est dans une forme de pensée libérale. D’une part parce que le rapport précise que la société doit pouvoir demander « un travail » au pauvre en échange de « pouvoir vivre », d’autre part parce qu’il est précisé que l’état doit apporter une aide inférieure aux besoins afin de ne pas tomber dans l’assistanat. Voilà qui nous place dans un ébat fort actuel. L’idéologie de l’époque étant que le travail fourni par une société libérale pourrait subvenir aux besoins en richesse de toutes classes sociales.
Mais l’ Etat décentralise rapidement sur les municipalités. Les Maires président les commissions administratives qui gèrent les hôpitaux. Ils organisent également les éléments de solidarité. Il reste des traits importants de cette organisation de nos jours. Les maires président les conseils d’administration des centres communaux d’action sociale, siègent au CA des hôpitaux…
L’industrialisation du 19° siècle marque la montée des questions sociales. La libéralisation du travail n’a pas résolu le problème de la misère, et a même créé de la précarité pour une partie de la population.
On va voir émerger une tentative de protection sociale « à côté » ou « hors » de l’Etat.
Les innovations seront les suivantes :
· Développement de la prévoyance
· Mise en place de sociétés de secours mutuels. Le décret du 26 mars 1852 autorisera les mutuelles.
· Mise en place d’un système de retraite pour les agents de l’état et des corps professionnels s’occupant de services publiques (mines, chemins de fer…).
De son côté l’état intervient par une première réglementation protectrice du travail , la Loi de 1841 qui entre autre interdit le travail des enfants…de moins de 8 ans.
Mais les politiques sociales restent d’initiatives privées ou du ressort des communes, générant des disparités importantes.
Le 20° siècle est celui de la lente, mais décidée, mise en place de dispositifs assurantiels.
La France avait du retard en ce domaine. L’Allemagne de Bismarck entre 1883 et 1889 avait fondé un système sur trois piliers, couverture des accidents du travail, couverture des maladies et enfin de la vieillesse-invalidité.
L’objectif de Bismarck était de créer un système assurantiel, et aussi de contrer l’influence du mouvement socialiste.
En France, la loi du 9 avril 1898 sur les accidents du travail marque le véritable essor de la naissance de ce qu’on allait appeler l’Etat Providence.
Cette loi met en avant les notions de risques du côté de l’employé, et donc de nécessaire souscription à une assurance pour les employeurs (qui deviendra obligatoire dès 1905).
Le premier livre du code du travail remonte à 1910.
Ce renforcement législatif continue en 1884 en légalisant les syndicats, en 1892 avec une organisation du travail et des droits minimum pour les employés, en 1893 avec l’aide médicale pour tous.
La loi du 1 avril 1898 organise le système mutualiste.
Les mutuelles compteront plus de 9 millions de membres en 1939.
Entre 1930 et 1932, le système assurantiel devient plus complet.
Au moment de la crise de 1929, un système d’aide pour les chômeurs se met en place.
Notons au passage que le social Security act existe pour la première fois aux Etats Unis en 1935.
La fin de la guerre incite les pays occidentaux à se doter d’un système de sécurité sociale.
Les gouvernements de l’époque traversés de tendances diverses, sont influencés par les travaux de William Beveridge, qui est à la protection sociale ce que Keynes est à l’économie, d’ailleurs les points de jonctions sont nombreux. Dans une perspective Keynésienne-Beverigienne, le développement de l’Etat Providence et le dynamisme économique ne sont pas considérés comme contradictoire, et c’est le système en soit qui fabrique de la croissance.
Je ne crois pas comme ma grand-mère que c’est forcément dans les vieux pots qu’on fait la meilleurs confiture, mais malgré tout, je pense à elle en lisant ces temps ci la presse écrite, et me dit que nos gouvernants pourraient revisiter les fondamentaux.
Le système de William Beveridge est souvent résumé par les trois U :
· L’universalité
· L’uniformité
· L’unité
C’est influencé par cet homme politique, aussi par les idées de la résistance, que la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme du 10 décembre 1948 confère à la sécurité sociale une visée universelle. Ainsi l’article 25 est clair et affirme que tout homme « a droit à la sécurité en cas de chômage, de maladie, d’invalidité, de veuvage, de vieillesse ou dans les autres cas de perte de ses moyens de subsistance par suite de circonstances indépendantes de sa volonté. La maternité et l’enfance ont droit à une aide et une assistance spéciale. »
En France le Conseil National de Resistance adopte un programme le 15 mars 1944 qui prévoit « un plan complet de sécurité sociale ». Notons qu’à la différence des modèles anglo-saxons et notamment anglais, le programme du CNR précise que la gestion de la sécurité sociale doit se faire par les intéressés.
La sécurité sociale comme organisatrice des politiques sociale est affirmée dans ces principes dans la constitution de 1946.
Les spécificités de la sécurité sociale ne sont pourtant pas complètement reliées au modèle des trois U.
- Tout d’abord pacque le système est contributif et non universel. Il y a cotisation. Il y a donc travail ou activité y ouvrant droit. Et donc restrictions également.
- La gestion des caisses se fait par les intéressés par l’intermédiaire des représentants syndicaux.
- Il n’y a pas dans ce système de sécurité social de couverture chômage contrairement au Royaume Unis.
- Le régime général de sécurité sociale est crée en 1945, les régimes professionnels côtoient ce régime.
Le cadre général est ainsi mise en place. Les principes fondateurs en appellent à l’Etat pour garantir des droits à la protection sociale.
C’est ce cadre général qui va connaitre des progrès importants pendant les 30 glorieuses. Notamment dans les années 70 avec la loi de 1974 portant sur le socle commun de protection sociale, et la loi de 1978 organisant en trois branches assurance maladies, vieillesse, allocations familiales.
Pendant les trente glorieuses, des assurances obligatoires se mettent en place hors de la sécurité sociale, avec notamment.les institutions de retraites complémentaires.
Le pilotage de l’Etat est fortement renforcé durant cette période. L’occasion manquée est sans doute d’avoir fait un pilotage administratif et non législatif. Le parlement français ne pilotant pas à ce moment de l’histoire le système de protection sociale.
La crise économique fragilise le système mise en place. Fragilisation financière d’une part, et idéologique d’autre part.
La première grande crise de la sécurité sociale est en effet une crise financière. Elle fait irruption dans le débat politique d’autant plus que les comptes de la sécurité sociale sont autonomes de ceux de l’état. Les comptes de la sécurité sociales seront de tous les débat sur la crise, l’assistanat, la protection, à compter de cette époque.
Dès 1967 d’ailleurs, dans l’esprit de contrôler les déficits, une caisse nationale pour chacun des trois risques identifiés de l’époque est créée. Même si une gestion coordonnée est confiés à l’Acoss ;
Des textes majorent les cotisations et diminuent les prestations.
Mais cette augmentation des cotisations dans un contexte mondialisé déjà à l’époque fait débat.
On s’éloigne de l’idée Keynésienne, avec une protection sociale qui favorise la croissance. Le libéralisme des années 1980 fait porter à la protection sociale et aux cotisations un frein à la compétitivité. Avec la montée du chômage, le problème de son financement se pose, et certains accusent la protection sociale de favoriser la montée du chômage.
Une crise idéologique ébranle les principes établis de la libération.
La crise économique entraine des formes de précarités nouvelles, non résiduelles, pour laquelle la sécurité sociale n’est pas armée. Il devient nécessaire de prendre en charge les « valides invalidés par la conjoncture ». Avec la mise en place du RMI …
La sécurité sociale fait donc l’objet de nombreuses réformes à partir des années 1980.
Les ordonnances Juppé de 1996 renforcent le droit du parlement, et renforcent également le pilotage avec les désormais célèbres conventions d’objectifs et de gestion. Le mode de représentation est également profondément modifié au sein des caisses nationales.
La réforme de 1996 a marqué un tournant important qu’il ne faut pas négliger. Il y a un développement du financement par l’impôt et notamment la CSG, et le développement des prestations sous conditions de ressources et de la protection sociale complémentaire.
Et l’histoire n’en restera pas là. Certains proposent d’aller plus loin avec une flexicurité. C'est-à-dire les mêmes droits tout au long d’une vie professionnelle, en affectant les droits à l’individu et non au métier qu’il fait.
Pour les promoteurs de ce système, Cela permettrait de concilier flexibilité du marché du travail, et sécurisation des parcours de protection. Pour leurs détracteurs, cela remettrait en cause un système corporatiste protecteur pour une universalité de la protection en le tirant vers le bas.
L’histoire de la sécurité sociale, en France, est donc marquée à la fois par les problèmes que l’on pourrait qualifier de techniques liées à son financement. Mais le problème n’est pas tant là que sur les choix politiques de son évolution, de son financement.
Prochain article sur ce blog : Quels sont les enjeux liés aux financements ?